Dans une déclaration dimanche 18 mai 2025 au journal arabophone Echorouk, l’ancien ministre de l’Industrie Ferhat Ait Ali a pointé du doigt « le non-respect par Renault de ses obligations », notamment en matière de « taux d’intégration locale ». Ces révélations jettent une lumière crue sur les raisons qui ont poussé l’Algérie à suspendre les activités de l’usine en 2020.
Lorsque Renault a obtenu son agrément en 2014 pour s’implanter en Algérie, le cahier des charges exigeait un taux d’intégration locale de 30 % après cinq ans d’activité. Or, selon Ferhat Ait Ali, qui a occupé le poste de ministre de l’Industrie entre janvier 2020 et février 2021, le constructeur français n’a jamais dépassé les 4 %. « Après plus de cinq ans de présence en Algérie, Renault n’a pas dépassé 4 % de taux d’intégration », a-t-il affirmé. Ce chiffre, très éloigné des engagements initiaux, a contribué à la décision des autorités algériennes de suspendre l’activité de l’usine.
Renault Algérie : des investissements jugés « insuffisants »
Un autre point soulevé par l’ancien ministre concerne les investissements réalisés par Renault. Selon lui, la marque française n’a investi que 10 millions d’euros dans l’usine d’Oran, alors que le reste des fonds, soit 160 millions d’euros, provenait de prêts bancaires algériens. « Renault n’avait investi que 10 millions d’euros, une somme qui ne suffit même pas à équiper un salon de coiffure pour femmes à Paris », a ironisé Ferhat Ait Ali. Cette disproportion entre les apports des deux parties a été perçue comme un déséquilibre inacceptable par les autorités algériennes.
Malgré cette faible contribution financière, Renault détenait 49 % des parts de l’usine, contre 51 % pour l’Algérie, répartis entre la SNVI (remplacée ensuite par Madar avec 34 %) et le Fonds national d’investissement (FNI, 17 %). L’ancien ministre a également accusé le constructeur français d’avoir « imposé ses règles », avec la « complicité » de certains responsables algériens de l’époque. Selon lui, Renault aurait manipulé le calcul du taux d’intégration en « excluant délibérément des éléments clés comme le moteur et la boîte de vitesse ».
Des conditions non remplies pour relancer l’activité
Ferhat Ait Ali a expliqué que l’Algérie aurait dû exiger, dès le départ, que « Renault fabrique les carrosseries sur place ». Une telle condition aurait obligé le constructeur à « investir au moins 800 millions d’euros », garantissant ainsi un engagement plus sérieux, selon lui. « Nous ne leur avions pas fermé l’usine, mais nous leur avions assuré que s’ils souhaitaient importer des véhicules assemblés sans payer de droits de douane, cela n’était pas possible », a-t-il précisé. Cette position ferme a marqué un tournant dans la politique algérienne en matière d’industrie automobile, « mettant fin aux importations déguisées », selon lui.
En février 2025, Renault a déposé une nouvelle demande d’agrément, mais celle-ci a été rejetée. Cependant, selon Michel Bisac, président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française, ce refus n’est pas définitif. Dans une déclaration au Figaro, il a indiqué que le gouvernement algérien avait adressé à Renault « un refus motivé, avec des réserves que le constructeur s’attèle à lever pour demander une nouvelle autorisation ». Renault travaille donc à répondre aux exigences algériennes afin de pouvoir relancer la production à Oran.