Droits de douane : pourquoi l’Afrique du Sud est la grande perdante face aux États-Unis

ANALYSE. L’Afrique du Sud se voit imposer 30 % de droits de douane par les États-Unis, quand d’autres pays africains ont obtenu des exemptions. Un revers cuisant.

Droits de douane : pourquoi l’Afrique du Sud est la grande perdante face aux États-Unis

« Tous les canaux de communication restent ouverts pour dialoguer avec les États-Unis », affirme lundi 4 août le président sud-africain Cyril Ramaphosa, alors que le pays se prépare à voir se concrétiser en fin de semaine sa crainte depuis plusieurs mois : des droits de douane à 30 % pour les exportations vers les États-Unis. C'était quasiment le taux initialement annoncé par Donald Trump en avril (31 %), au milieu d'une longue liste de pays similairement sanctionnés.

Depuis, nombre d'entre eux sont parvenus à réduire la facture à force d'engagements et d'accords commerciaux le plus alléchants possible pour les États-Unis. L'Union européenne est ainsi parvenue in extremis à faire passer son taux de 30 % à 15 %. Les pays voisins de l'Afrique du Sud sont également parvenus à un tel résultat, notamment le Lesotho, sur qui pourtant planait la menace de droits de douane à 50 %. Mais pas la nation arc-en-ciel. En interne, on s'interroge donc, pourquoi l'Afrique du Sud a-t-elle échoué à décrocher un tel accord ?

Les négociateurs sud-africains sous le feu des critiques

Pour le parti Alliance démocratique, deuxième force politique au Parlement, et membre du gouvernement de coalition, les négociateurs sud-africains sont à blâmer. « Ce scénario sans accord est pleinement dû à l'inaptitude et la négligence des négociateurs sud-africains », affirme Toby Chance, porte-parole dédié au commerce à l'industrie et à la compétition. « Ils ont manqué la date limite pour soumettre leurs propositions commerciales aux États-Unis et, après avoir dépassé cette échéance, ils ont été contraints de demander une extension, qu'ils ont aussi manquée. »

Le gouvernement se défend lundi matin. Face à la presse, le ministre du commerce, Parks Tau, décrit un climat de négociation « difficile » et « inédit ». « À deux jours de l'échéance, comme nous n'avions toujours pas de retour […], ils ont fini par nous dire : faites-nous une offre, et nous vous donnerons une réponse. Cette offre ne doit pas être soumise à négociations, ce doit être une offre présentant ce que l'Afrique du Sud est prête à donner, et ne doit pas inclure ce que l'Afrique du Sud souhaiterait négocier en échange. »

« Les négociations continuent », affirme-t-il. Mais le gouvernement se prépare déjà à encaisser les 30 % de droits de douane, qui affecteront principalement les secteurs de l'agriculture et de l'automobile. Selon la banque centrale, 100 000 emplois pourraient être menacés. Cyril Ramaphosa annonce lundi matin dans un communiqué la mise en place d'un « Bureau de soutien à l'export », pour accompagner les producteurs dans leur quête de nouveaux marchés, et annonce des efforts redoublés du gouvernement dans les prochains mois pour développer de nouvelles relations commerciales. « Nous annoncerons en temps voulu les modalités d'un plan de soutien aux entreprises, aux producteurs et aux travailleurs rendus vulnérables par les tarifs douaniers américains », a-t-il ajouté.