Qu’est-ce que l’ICE ?
L’ICE est une agence fédérale inaugurée officiellement en 2003 sous la présidence de George W. Bush, dans le sillage des attentats du 11-Septembre, dans le but de renforcer la sécurité intérieure du pays. Elle dépend du Département de la Sécurité intérieure et a pour mission d’appliquer les lois sur l’immigration. Auparavant, l’application de la politique migratoire américaine était assurée par l’Immigration and Naturalization Service (INS), sous la tutelle du Département de la Justice.
Dirigée par Todd Lyons, l’organisation compte plus de 20.000 employés répartis dans près de 400 bureaux aux États-Unis et à l’étranger, selon le site web de l’agence. Son budget annuel s’élève à environ 9 milliards de dollars (7,8 milliards d’euros), selon le rapport annuel de l’exercice 2024. Elle est organisée en quatre directions : les enquêtes sur la sécurité intérieure, les opérations d’application et d’expulsion, le bureau du conseiller juridique principal et la gestion et administration.
Quelles sont les missions de l’agence ?
L’ICE est chargée d’une mission en deux facettes. La lutte contre l’immigration illégale d’une part, essentiellement dans l’intérieur du pays. Le contrôle des frontières revient plutôt à la Customs and borders protection (CBP). Un rôle comparable à celui de la police aux frontières en France. De son côté, l’ICE traque, interpelle et renvoie les migrants illégaux, en ciblant prioritairement les criminels.
C’est la deuxième facette de sa mission : lutter contre la criminalité internationale, terrorisme, trafic de marchandises, drogue, d’être humains, etc. Les personnes arrêtées par les agents de l’ICE sont placées dans l’un de ses 200 centres de détention avant d’être expulsées. La police fédérale de l’immigration peut également transférer des détenus vers des prisons étrangères.
Comment les pouvoirs de l’ICE ont-ils évolué sous Donald Trump ?
Pour lutter contre «l’invasion des frontières», selon ses propres mots, Donald Trump a considérablement renforcé les prorogatives de l’ICE, son bras armé pour mener sa politique anti-immigration. Le jour de son entrée en fonction, Donald Trump avait signé une série de décrets. L’un d’eux imposait à la direction des enquêtes sur la sécurité intérieure, qui se concentrait jusque-là sur la pornographie infantile, la traite des êtres humains et la fraude aux antiquités, de prioriser la lutte contre l’immigration, qui revenait plutôt au service de contrôle de l’immigration. Le plan «Operation At Large» met ainsi à contribution 5000 personnels supplémentaires issus d’autres agences fédérales, qui jusque-là ne traitaient pas des questions d’immigration, souligne CNN.
Autre changement, toute personne accompagnant un criminel ciblé par l’ICE peut désormais être arrêtée avec lui, même si elle n’était pas initialement ciblée. Par ailleurs, le service de contrôle de l’immigration peut procéder plus facilement à des interpellations dans des lieux sensibles comme les écoles, les églises, les commerces, les restaurants ou les administrations. Sous Joe Biden, elles exigeaient l’accord d’un juge local, ce qui entravait le travail de l’ICE, en particulier dans les «villes refuges», connues pour leur politique pro migrants, comme Los Angeles.
Les cibles de l’ICE, elles aussi, ont changé. L’agence a toujours mis en avant sa lutte contre «les criminels étrangers». Un numéro est même à disposition des citoyens américains pour les dénoncer. Mais là où la police de l’immigration visait de façon prioritaire des étrangers violents, violeurs, meurtriers, trafiquants, l’administration Trump cible tous les clandestins, qu’elle qualifie régulièrement de «criminels». «Bien sûr, (...) les individus qui ont commis des actes odieux à l’intérieur de notre pays (...) doivent absolument être la priorité de l’ICE», prévenait la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt dès le mois de janvier. «Mais cela ne signifie pas que les autres criminels illégaux qui ont franchi les frontières de notre pays ne sont pas concernés.»
Quels sont les résultats de l’ICE sous Donald Trump ?
Cette politique anti-immigration radicale a déjà porté ses fruits, comme en témoignent les chiffres transmis par les médias et administrations américaines. Entre octobre 2023 et octobre 2024, soit la dernière année du mandat Biden, le service de contrôle de l’immigration a procédé à 113.431 arrestations administratives, selon un rapport de l’agence. Soit environ 310 arrestations par jour. Depuis le 23 janvier, l’agence a déclaré avoir procédé à plus de 5500 arrestations, ce qui représente en moyenne près de 800 arrestations journalières.
Surnommé le «tsar des frontières», le responsable des questions migratoires à la Maison-Blanche, Tom Homan, rapportait fin mai que le gouvernement avait expulsé environ 200.000 personnes depuis le retour de Donald Trump. Des chiffres qui ne satisfont pas encore le président américain : NBC News rapportait en début de semaine dernière que son administration avait fixé son nouveau quota d’interpellations à 3000 par jour. Ces chiffres, l’ICE s’efforce de les mettre en avant dans sa communication.
Régulièrement, des bilans du nombre d’arrestations, avec noms et photographies des personnes arrêtées sont publiés sur les réseaux sociaux. En septembre, le Département de la Sécurité intérieure avait même publié une vidéo typique de la stratégie de communication des militants républicains depuis la campagne de Donald Trump. Mélange de fermeté assumée, de sarcasme et de provocation, elle alternait entre images d’arrestations et extraits des dessins animés «Pokemon», avant en fond sonore, la célèbre musique du jeu : «Pokemon, Catch them all !» («Pokémon, attrapez-les tous !»).