A Roland-Garros,
Novak Djokovic est très fort. Alors qu’il avait tout pour se faire aduler de New York à Melbourne et de Pretoria à Reykjavik, le Serbe a réussi un pus bel exploit que ses 24 titres en Grand Chelem : se faire détester par une partie des suiveurs de la petite balle jaune. Ses pauses mystères dans le vestiaire après avoir perdu deux sets, ses positions tranchées sur le Covid-19, son régime drastique, ses fréquentations douteuses… Djokovic a donné de sa personne pour en arriver là.
Pourtant, depuis le début de sa carrière, et notamment à Roland-Garros, le Djoker avait entrepris un énorme travail de sape pour se rendre sympa. Histoire d’exister entre le saint des saints adulé outre mesure dans la capitale, Roger Federer, et le propriétaire des lieux, Rafael Nadal, comme l’estime Mansour Barhami, ancien joueur devenu égérie du cool dans le tennis.
« Il a eu besoin de se faire aimer, de séduire le public français. Ce n’était pas facile d’être préféré du public quand tu avais Nadal et Federer en même temps. Il était à égalité au niveau tennis, mais pas au niveau popularité. C’était difficile pour lui d’être mal aimé, mais il s’est bien amélioré au fil des années. »
Djokovic est dans un « rire-séduction »
Alors, pour tenter de séduire le public français dans un autre registre que celui du Suisse et de l’Espagnol, Novak Djokovic a tout misé sur l’humour. « Il est dans un rire-séduction, nous expliquait il y a quelques années l’humoriste Arnaud Tsamère En tant que comique, on cherche à être aimé en provoquant le sourire. Lui, il cherche à se mettre le public dans sa poche de cette manière. » Et ça a plutôt bien marché. On connaissait le Djoko imitateur de ses pairs à l’US Open, on a découvert le Djoko foufou à Paris.
Ça a commencé en 2007, avec la participation de l’ancien n°1 mondial à la petite pastille karaoké de France Télévisions. Une reprise d’I Will Surviveoù le Serbe a fait tomber la chemise, à la plus grande surprise d’Emmanuel Roux, qui organisait cette séquence. « Il était arrivé très détendu, raconte le journaliste. Il a fait son petit truc en enlevant son maillot et s’est bien prêté au jeu. Il y avait une prise, il a bien senti le truc. »
Bis repetita un an plus tard, toujours sur le même principe. Cette fois, Djoko pousse la dérision encore un peu plus loin. « Avec Viktor Troicki, ils ont eux-mêmes proposé la chanson et ils ont voulu faire une parodie de la chanson de Nadal avec Shakira, Gipsy. Ce n’était pas calculé, il avait envie de se marrer avec son pote de l’équipe serbe. Ça avait fait un nombre de vues phénoménal, je crois qu’il en garde un bon souvenir. Nadal n’avait pas forcément apprécié, de son côté. »
« Pas de calcul médiatique »
Si Arnaud Tsamère pense que Djokovic est « très bien conseillé en matière de communication », Emmanuel Roux assure que le Serbe a toujours été très naturel dans sa relation avec les médias, au contraire d’un Roger Federer qui avait pu boycotter France Télévisions pendant une semaine parce qu’une séquence n’avait pas été du goût de son entourage. « Sympathique et convivial », c’est aussi le souvenir qu’en a Jérémy Angelier, qui s’est mué en chauffeur de taxi pour la séquence « Road to Roland-Garros », en 2011.
Celui qui est aussi journaliste avait donc reçu Novak Djokovic sur la banquette arrière et s’en est suivi un très bon moment. « Il était vraiment à la cool. Il nous a raconté des blagues, des anecdotes assez personnelles, raconte Jérémy Angelier. Il s’est totalement livré. Je n’ai pas l’impression qu’il était dans le calcul médiatique. On a eu beaucoup de joueurs, du 200e mondial au n°1. C’était lui la big star. Pourtant, c’était le mec le plus accessible. »
Accessible aussi avec les ramasseurs de balles de Roland, comme en 2014, où il propose à un d’eux de le rejoindre sur le banc du Chatrier pour tailler le bout de gras pendant une pause causée par la pluie. Discussion en anglais et Perrier offert en bonus pour le collégien. « Je me suis dit que je devais me faire un nouvel ami. On a eu une petite discussion sympa », détaillait Djoko après ce bon moment.
« C’est tout juste s’il ne m’a pas invité à golfer »
De nouveaux amis, Novak Djokovic s’en est fait un bon paquet lors de la quinzaine parisienne. « Il allait faire un golf après un entraînement entre deux matchs et c’est tout juste s’il ne m’a pas invité à aller jouer avec lui », reprend Jérémy Angelier, qui l’avait déposé à Saint-Cloud. Les boulistes du bois de Boulogne, qui ont eu la joie de voir le Serbe débarquer sur leur playground l’année dernière, ont également fait copain copain.
« L’histoire d’amour avec la France n’était pas toujours très glorieuse, poursuit le journaliste/chauffeur. Mais il fait quand même parti des joueurs respectés, des joueurs qu’on aime bien. » Et, à moins de se retrouver face à un Français, il devrait quand même recevoir une bonne dose de tendresse pour ce qui est l’une de ses dernières apparitions à Roland. « Comme il est à la fin de sa carrière, les gens vont naturellement le soutenir, l’aimer un peu plus », conclut Mansour Barhami. Et il n’aura pas besoin de faire le clown pour recevoir une standing ovation.