Robert Badinter au Panthéon : revivez la cérémonie d’hommage

Quarante-quatre ans après la promulgation de la loi d’abolition de la peine de mort, l’ancien ministre de la justice est entré jeudi 9 octobre au Panthéon. « Nous continuerons de porter le combat contre la peine de mort jusqu’à l’abolition universelle », a déclaré Emmanuel Macron.

Robert Badinter au Panthéon : revivez la cérémonie d’hommage

Après une veillée funèbre au Conseil constitutionnel où le grand public a pu se recueillir devant son cercueil, c’est au Panthéon qu’a été transporté le cénotaphe de Robert Badinter, ce jeudi 9 octobre. Même si ses cendres ne sont pas transférées, il reposera symboliquement au Panthéon

En présence d'un public nombreux, c’est avec une scénographie sobre que la cérémonie a suivie le "scénario traditionnel": remontée de la rue Soufflot, arrêt sur le parvis, accueil du cercueil sous la nef du Panthéon par le président de la République, puis installation dans le caveau "des révolutionnaires de 1789", où reposent Condorcet, l'abbé Grégoire et Gaspard Monge depuis le bicentenaire de la Révolution. Retour sur les moments forts de cette cérémonie.

Robert Badinter, l’infatigable combattant de l’abolition

Des mots pour porter une vie

La cérémonie s’est ouverte avec Guillaume Gallienne, qui a prêté sa voix à Victor Hugo, lisant son célèbre discours de 1848 contre la peine de mort. Ces mots, choisis par Élisabeth Badinter, résonnaient comme le fil rouge d’une vie vouée à l’humanisme. L’écrivain se prononcé à l’époque contre la peine de mort avec des mots forts : “Je vote l’abolition pure, simple et définitive de la peine de mort.”

Puis, dans la remontée symbolique de la rue Soufflot, trois arches se sont dressées pour rappeler les fondements du parcours de Badinter.

Arche mémoire : Sandrine Bonnaire a lu un extrait de sa plaidoirie contre le négationniste Robert Faurisson, rappelant le devoir de mémoire et la blessure intime de la Shoah.

Arche Justice : Éric Ruf, sociétaire de la Comédie-Française, a interprété un passage de “L’Exécution”, récit du combat judiciaire pour sauver un condamné à mort.

Arche République : Marina Hands a enfin donné corps à un extrait de “Les Épines et les Roses”, méditation sur la République et la rigueur morale de celui qui fut garde des Sceaux, président du Conseil constitutionnel et sénateur.

“L’assassin assassiné”, l’émotion de Julien Clerc

Quelques mètres plus haut, sur le parvis du Panthéon, moment de grâce : Julien Clerc a interprété “L’assassin assassiné”, chanson emblématique écrite en 1980 pour dénoncer la peine de mort. Une mélodie poignante, que Robert Badinter avait qualifiée d’“hymne du combat abolitionniste”.

© AP/Antonin Albert - 108 magistrats issus de l’École nationale de la magistrature et du Barreau de Paris ont accompagnés l'entrée.

Alors que la voix du chanteur s’éteignait, 108 magistrats et auditeurs de justice issus de l’École nationale de la magistrature et du Barreau de Paris se sont avancés en silence pour former un hémicycle sur les marches du monument. Ce geste était pensé comme un passage de témoin qui incarnait la relève des consciences, la continuité d’un héritage moral et juridique.

Robert Badinter à l’Assemblée : le discours historique contre la peine de mort

L’entrée dans la lumière républicaine

À 19h22, le cénotaphe a franchi le seuil du Panthéon, tandis que la soprano Catherine Trottmanninterprétait "Lascia ch’io pianga de Haendel", dans une nef plongée dans le recueillement.

Quelques minutes plus tard, Emmanuel Macron a pris la parole, devant la statue de la Convention nationale. Dans un discours empreint de respect et de gravité, il a salué “l’homme qui fit triompher la vie sur la mort, la raison sur la vengeance, la République sur la barbarie”. Le président a promis dans son discours de continuer à "porter" son combat "jusqu'à l'abolition universelle". 

"Pour Robert Badinter, chaque jour devant nous doit être un 9 octobre", date de la loi de 1981 portant l'abolition de la peine de mort, a dit le chef de l'Etat sous la nef du Panthéon. "Robert Badinter entre au Panthéon avec les Lumières et l'esprit de 1789", "avec les principes de l'Etat de droit", a déclaré Emmanuel Macron dans son discours.

© AP/Antonin Albert - Emmanuel Mcron a salué “l’homme qui fit triompher la vie sur la mort, la raison sur la vengeance, la République sur la barbarie”.

"Il entre au Panthéon et nous entendons sa voix qui plaide ses grands combats essentiels et inachevés: l'abolition universelle de la peine de mort, la lutte contre le poison antisémite et ses prêcheurs de haine, la lutte pour la défense de l'Etat de droit", a ajouté le chef de l'Etat. Une minute de silence a suivi, puis la Marseillaise a retenti, interprétée par le Chœur de l’armée française.

Un hommage républicain et universel

Pour clore la cérémonie, un mapping lumineux a illuminé la façade du Panthéon, retraçant la vie de Robert Badinter à travers une fresque visuelle et sonore : son enfance marquée par la Shoah, ses combats d’avocat, son discours historique du 17 septembre 1981, et son œuvre au service de la République. En voix off, la comédienne Elissa Alloula a raconté cette traversée de l’ombre vers la lumière, comme un dernier trait d’humanité inscrit dans la pierre.

En entrant symboliquement au Panthéon, Robert Badinter rejoint non seulement les grands hommes, mais aussi cette France des Lumières qu’il n’a jamais cessé d’incarner : celle de la raison, du courage et de la dignité. Sur le fronton du Panthéon, une devise s'affiche fièrement : "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Nul doute que l'artisan de l'abolition de la peine de mort y a toute sa place. 

© AP/Antonin Albert - Pour clore la cérémonie, un mapping lumineux a illuminé la façade du Panthéon, retraçant la vie de Robert Badinter.

Cinquième panthéonisation pour Emmanuel Macron 

Il s'agit de la cinquième panthéonisation sous les mandats d'Emmanuel Macron, après Simone Veil, rescapée d'Auschwitz, et auteure de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse, l'écrivain chroniqueur de l'horreur des tranchées de la Première Guerre mondiale Maurice Genevoix, la star du music-hall, résistante et militante antiraciste franco-américaine Joséphine Baker, et le résistant communiste d'origine arménienne Missak Manouchian. L'historien et résistant Marc Bloch doit entrer à son tour au Panthéon mi-juin, 82 ans après son exécution par la Gestapo en 1944.