Enfant, il n'aimait pas que les policiers soient considérés comme les méchants du film. C'est d'ailleurs un long métrage avec Jack Nicholson – "Police frontière" (The Border), sorti en 1982 et jetant une lumière critique sur les pratiques de la police aux frontières – qui lui a donné envie, dès l'âge de 11 ans, de la rejoindre et d'en démontrer l'importance pour la nation. Quarante-quatre ans plus tard, il est devenu le visage de la politique de répression de l'immigration orchestrée par Donald Trump aux États-Unis. Il devrait quitter Minneapolis mardi 27 janvier, selon plusieurs sources.
Commandant "itinérant" au sein de la patrouille frontalière des États-Unis (United States Border Patrol, USBP), il est souvent présenté comme le chef de la police de l'immigration (Immigration and Customs Enforcement, ICE). À ce titre, il chapeaute les opérations d'expulsion qui sèment le trouble dans certaines villes américaines depuis plusieurs mois, notamment à Minneapolis (Minnesota) où ICE est impliquée dans la mort de deux citoyens américains : Renee Nicole Good et Alex Pretti, tous deux tués par balles, le 7 janvier pour l'une, le 24 janvier pour l'autre.
Malgré les vidéos montrant des policiers ouvrir le feu sur la maman-poétesse, et quelques semaines plus tard sur l'infirmier qui voulait "changer le monde", Gregory Bovino a défendu et justifié coûte que coûte les méthodes de ses policiers, affirmant dimanche sur CNN : "Les victimes sont les agents" de la police des frontières.
Dans les rues, l'homme de 55 ans, arrière du crâne rasé et uniforme vert olive, a plusieurs fois été aperçu à la tête de patrouilles, lançant des grenades lacrymogènes sur les manifestants et échangeant des piques avec ses détracteurs, se distinguant parmi les groupes d'agents fédéraux par le fait qu'il est l'un des rares à ne pas avoir le visage masqué.
Immigrants italiens des années 1920
Arrière-petit-fils d'un immigrant italien – Michele Bovino, qui a émigré en 1909 de Calabre, dans le sud de l'Italie, vers la région charbonnière de Pennsylvanie –, Greg Bovino a grandi en Caroline du Nord.
Après avoir obtenu une licence en conservation des ressources naturelles à l'Université de Western Carolina et une maîtrise en administration publique à l'Université d'État des Appalaches, Greg Bovino quitte son emploi au sein du département de police de Boone et intègre la police des frontières en 1996. Au cours de ses 30 années de carrière, il est affecté de Washington à La Nouvelle-Orléans, ainsi qu'à des postes à l'étranger au Honduras et en Afrique.
En 2020, il est nommé chef de la police des frontières du secteur d'El Centro, dans le sud de la Californie.
Trois ans plus tard, il est brièvement démis de ses fonctions. Une mesure que les républicains de la Chambre des représentants qualifient de représailles après le témoignage critique de Greg Bovino sur la situation à la frontière sous l'administration Biden. Mais selon l'agence de presse AP, d'autres facteurs sont également en jeu, notamment sa présence sur les réseaux sociaux et une photo de profil où il pose avec un fusil d'assaut.
Depuis figure de proue de la campagne d'expulsion massive de Donald Trump, il jure d'arrêter les "pires criminels" parmi les migrants sans papiers, y compris ceux mettant la vie d'Américains en danger en conduisant en état d'ivresse.
Son propre père, qui s'était renommé Mike Bovino, avait écopé d'une peine d'emprisonnement d'un an pour avoir tué une jeune femme de 26 ans en 1981 dans un accident de la route, alors qu'il était ivre, dans sa ville de Caroline du Nord.
Cesar Garcia Hernandez, professeur de droit de l'immigration à l'Université d'État de l'Ohio, estime que le bouillant quinquagénaire n'a pas été choisi par hasard pour exécuter le projet de l'administration Trump d'expulser des millions de migrants en situation irrégulière. "Il transforme en réalité opérationnelle la rhétorique agressive de la ministre chargée de la Sécurité intérieure, Kristi Noem, du président Trump et d'autres hauts responsables", explique l'universitaire à l'AFP.
"C'est un petit Napoléon qui veut vous faire croire qu'il est un héros, l'homme le plus moral et le plus compétent au monde, et que tout autour de vous est dangereux", déclarait en décembre dernier au Chicago Sun Times, Jenn Budd, ancienne agente principale de la patrouille frontalière lors d'une interview au sujet de Gregory Bovino, dont elle est une critique virulente.
Il est étonnant de voir "une personne dont le grand-père était un immigrant se livrer à un traitement aussi odieux et violent envers les migrants contemporains", affirme de son côté au même média Joseph Sciorra, directeur des programmes universitaires du Calandra Italian American Institute de la City University of New York. "On ne peut s'empêcher de se demander ce qui se passe dans la conscience d'une personne avec un tel passé et un tel comportement."
"Agir et dégager"
En 2025, Greg Bovino dirige plusieurs opérations très médiatisées, notamment à Los Angeles et Chicago, en recourant à ce qu'il appelle la tactique "agir et dégager" ("Turn and burn") : procéder à des arrestations rapides puis se retirer promptement avant l'arrivée de manifestants.
Comme le relate CNN, le comportement de Greg Bovino lors de l'opération de Chicago vaut de sévères réprimandes de la part d'un juge fédéral, qui estime que sa description des événements va à l'encontre des preuves vidéo.
Dans une affaire portée devant un tribunal fédéral de Chicago pour usage excessif de la force contre des manifestants, le juge statue que Greg Bovino "plaquait clairement" un manifestant devant la caméra. Or, lors de sa déposition, celui-ci avait nié avoir plaqué l'homme. "Je l'implorais… de quitter les lieux et de se conformer aux instructions", avait-il notamment déclaré, ajoutant : "La force employée était dirigée contre moi." Greg Bovino a ensuite admis avoir menti.