« Poutine veut capitaliser dessus » : comment va se dérouler le défilé du 9 Mai en Russie ?

Ce vendredi, la Russie célèbre les 80 ans de la victoire sur l’Allemagne nazie, dans l’ombre du conflit en Ukraine. Pour marquer cet anniversaire, Vladimir Poutine fait défiler chars et soldats devant les dirigeants d’une trentaine de pays rassemblés sur la place Rouge à Moscou.

« Poutine veut capitaliser dessus » : comment va se dérouler le défilé du 9 Mai en Russie ?

Depuis plusieurs jours, les rues de Moscou sont pavoisées aux couleurs nationales. L’immense majorité des commerces et des restaurants ont placardé des affiches appelant à « se souvenir » de la victoire de 1945 et à se montrer « fiers ». Ce vendredi, la Russie célèbre les 80 ans de la victoire sur l’Allemagne nazie, un événement commémoré pour la quatrième année consécutive en parallèle du conflit en Ukraine.

Prise de parole de Poutine

Pour marquer ce 80e anniversaire, Vladimir Poutine doit s’exprimer devant les troupes russes et les dirigeants de 29 pays rassemblés sur la place Rouge, dont le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva. Plusieurs dirigeants de pays africains dont le Burkina Faso, le Congo, la Guinée équatoriale et l’Éthiopie doivent également y participer, tout comme ceux de la Birmanie, du Vietnam et d’alliés traditionnels de Moscou, tels que le Kazakhstan et la Biélorussie.

Avec la présence de la Chine, Vladimir Poutine fait « une belle prise », remarque l’ancien ambassadeur Jean de Gliniasty, auteur de « Géopolitique de la Russie ». « Poutine démontre qu’il n’est pas isolé, ce qu’on savait déjà. »

La Chine, mais pas l’Inde

En revanche, le tableau est moins triomphal sans la présence d’une personnalité indienne de premier rang. Le président russe « aurait pu faire mieux » en réunissant tous les membres des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), estime le chercheur.

Malgré la politique d’isolement prônée par les Occidentaux, le Premier ministre slovaque Robert Fico - défiant les injonctions de Bruxelles - et le chef de l’État serbe Aleksandar Vucic sont également attendus, de même que le président des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, recherché par la justice bosniaque.

La commémoration sera couronnée par un grand défilé militaire au pied du Kremlin à Moscou. Un défilé « plus important que l’an dernier, car Poutine cherche à faire penser qu’il est en train de gagner », estime Jean de Gliniasty.

Chars et missiles dans une parade musclée

Les autorités russes ont promis cette année des cérémonies d’une ampleur inédite pour marquer cette date, principale grand-messe patriotique en Russie et dans d’autres ex-républiques soviétiques. Alors que la fête nationale russe est théoriquement le 12 juin, celle du 9 mai est devenue, sous Vladimir Poutine, la véritable fête populaire que tous les Russes célèbrent, quelle que soit leur opinion politique.

« C’est un moment d’unité nationale et Poutine veut capitaliser là-dessus. L’idée est de communier dans le retour de la puissance. Le message s’adresse aussi bien à son peuple qu’à la communauté internationale », résume le chercheur à l’Iris.

Qui dit puissance dit parade musclée : les répétitions du 3 mai ont laissé voir de longs convois de chars T-90M, de missiles balistiques intercontinentaux (YARS) et autres véhicules militaires truffés de soldats. Des militaires chinois et de 12 autres pays dont l’Égypte, le Vietnam et la Birmanie doivent également prendre part au défilé.

Zelensky compte gâcher la fête

Pour l’occasion, le président russe a ordonné à ses soldats d’observer un cessez-le-feu en Ukraine du 8 au 10 mai. Mais Volodymyr pourrait bien gâcher la fête : en attendant les confettis, ce sont des débris de drone qui sont tombés dans la nuit de lundi à mardi du ciel de la capitale russe.

L’homme fort de l’Ukraine a directement fait part de son scepticisme, il y a quelques jours. Il ne « croit pas » que les forces russes respecteront cette accalmie surprise, et lui-même refuse de « jouer » avec les courtes trêves. Pour le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, Kiev a tout intérêt à « perturber la cérémonie, pour rappeler que ce 9 Mai se déroule dans une situation particulière, que la guerre est toujours en cours ».

Trottinettes, cigarette électronique et animaux interdits

Plusieurs régions de Russie, comme celle de Krasnodar dans le Sud-Ouest, ont donc préféré annuler leurs défilés du 9 Mai par crainte de possibles attaques ukrainiennes. Dans la capitale, la sécurité a été renforcée. Car le défilé du 9 Mai attire chaque année à Moscou de grandes foules de spectateurs, qui viennent souvent en famille.

Par mesure de sécurité, les organisateurs ont interdit aux spectateurs d’apporter des cigarettes électroniques, des trottinettes ou tout animal de compagnie au défilé célébrant la Victoire.

L’année dernière, les Moscovites avaient constaté de fortes perturbations dans la navigation par satellite, preuve d’un brouillage GPS destiné à contrecarrer les attaques de drones. « Il va y avoir du matériel plus moderne que l’an dernier, et pas d’aviation en raison du risque de missiles, le Kremlin ne veut pas d’ennui », avance Jean de Gliniasty.

Cette parade intervient dans un grand moment d’incertitude depuis le début de l’invasion russe en Ukraine. Moscou aimerait marquer des points sur le plan militaire, mais n’y arrive pas de façon assez notable. Et hésite devant l’offre de cessez-le-feu de Donald Trump, pourtant en sa faveur.

Le défilé, comme les funérailles du pape François, sera aussi très politique - et peut-être décisif : Vladimir Poutine aura « plus de 15 réunions bilatérales » avec des dirigeants étrangers à cette occasion.