MADAGASCAR : DES GROUPES DE SOLDATS REJOIGNENT LES MANIFESTANTS DANS LA CAPITALE

Un contingent de soldats malgaches a appelé ses pairs à «refuser les ordres de tirer» sur les manifestants à Antananarivo, capitale de Madagascar. Cet acte fait vaciller le pouvoir d’Andry Rajoelina, déjà fragilisé par une contestation populaire grandissante.

MADAGASCAR : DES GROUPES DE SOLDATS REJOIGNENT LES MANIFESTANTS DANS LA CAPITALE

À Madagascar, la crise politique franchit un cap décisif. Samedi, des militaires du CAPSAT, stationnés près de la capitale, ont diffusé une vidéo appelant les forces armées à la désobéissance. Leur message est sans détour. Ils ne veulent plus être les instruments d’un pouvoir accusé de corruption et de répression. 

Les soldats ont exhorté leurs camarades à «unir nos forces, militaires, gendarmes et policiers, et refuser d’être payés pour tirer sur nos amis, nos frères et nos sœurs».

Ce geste fait écho à la mutinerie de 2009, menée depuis la même base militaire, qui avait entraîné la chute du président Marc Ravalomanana et l’arrivée au pouvoir d’Andry Rajoelina. Seize ans plus tard, le chef de l’État affronte une armée divisée et une population en colère.

LA JEUNESSE EN PREMIÈRE LIGNE

Le mouvement, initié par la «Gen Z», avait d’abord pris racine dans la dénonciation des coupures d’eau et d’électricité avant de se transformer en contestation politique. Samedi, plusieurs milliers de manifestants ont envahi les rues d’Antananarivo. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes pour tenter de disperser la foule, avant qu’une partie des militaires ne rejoigne les protestataires sous les applaudissements et les cris de «Merci».

Depuis le 25 septembre, au moins 22 personnes ont été tuées et une centaine blessées, selon un bilan des Nations unies. Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a appelé les autorités à «cesser le recours à une force inutile». Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrant des scènes de brutalité policière, dont un homme laissé inconscient après avoir été roué de coups, ont provoqué l’indignation.

LE PRÉSIDENT MILITARISE SON GOUVERNEMENT

Face à la contestation, le président malgache s'est replié sur les institutions militaires. Après avoir renvoyé son gouvernement, Andry Rajoelina a nommé le 6 octobre un Premier ministre issu de l’armée, entouré de trois nouveaux ministres, eux aussi membres des forces de sécurité : Armées, Sécurité publique et Gendarmerie. Une manœuvre qui confirme la militarisation croissante du pouvoir.

«Nous appelons nos frères qui ne sont pas d’accord avec nous à privilégier le dialogue», a tenté d’apaiser le nouveau ministre des Armées, Deramasinjaka Manantsoa Rakotoarivelo. Mais sur le terrain, la défiance est profonde. Les appels à la désobéissance se multiplient, certains soldats exhortant même leurs camarades à «braquer leurs armes sur ceux qui leur ordonnent de tirer sur leurs frères d’armes».

Réélu en 2018 puis en 2023 lors d’un scrutin boycotté par l’opposition, Andry Rajoelina affronte aujourd’hui la contestation la plus sérieuse de ses mandats. L’alliance naissante entre la jeunesse urbaine et une partie de l’armée pourrait bien faire basculer le régime, dans un pays où la rue a souvent eu le dernier mot.