L'Ukraine peut-elle vraiment se résoudre à abandonner certains de ses territoires à la Russie?

La question du Donbass est particulièrement épineuse. Seul un échange tripartite entre Volodymyr Zelensky, Vladimir Poutine et Donald Trump semble pouvoir déboucher sur un consensus.

L'Ukraine peut-elle vraiment se résoudre à abandonner certains de ses territoires à la Russie?

Dans le monde tel que le voit Donald Trump, l'issue de la guerre en Ukraine n'est pas si difficile à atteindre. Il suffirait que les forces ukrainiennes, qui contrôlent toujours 6.500 kilomètres carrés de la région orientale de l'Ukraine –le Donbass– acceptent de céder ce territoire (ou au moins une partie de celui-ci) à la Russie en échange d'autres zones. Mais bien entendu, la réalité est plus complexe que cela.

Selon le média en ligne américain Vox, la rencontre du 15 août entre Donald Trump et Vladimir Poutine en Alaska semble avoir fait changer le président américain de point de vue quant à la fin de la guerre. Il a rangé aux oubliettes sa demande de cessez-le-feu immédiat, déclarant aux dirigeants européens qu'il était favorable à un plan impliquant la cession par l'Ukraine de territoires n'ayant pas encore été conquis par la Russie.

Durant le sommet du 15 août, le chef d'État russe, aurait exigé que l'Ukraine renonce à l'intégralité des régions du Donbass (les oblasts de Donetsk et de Louhansk) et qu'il soit procédé à un gel des lignes de front dans deux autres régions revendiquées par la Russie (celles de Zaporijia et de Kherson). C'est le message que Donald Trump a tenté de faire passer auprès de Volodymyr Zelensky lorsque les deux hommes se sont rencontrés à la Maison-Blanche le 18 août, en compagnie de plusieurs dirigeants européens.

Le président ukrainien lui a rétorqué que la question des concessions territoriales serait réglée lors d'une éventuelle réunion tripartite. Mais il ne semble pas disposé à «redessiner la carte», comme le lui a demandé un journaliste de Fox News. À noter qu'en amont de la rencontre en tête-à-tête entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, une carte de la situation en Ukraine –vue par la Maison-Blanche– avait justement été placée dans le Bureau ovale, mettant ainsi en exergue les territoires occupés par la Russie. «Je me bats contre ce qui figure sur cette carte», aurait lancé le président ukrainien, d'après la BBC.

Un possible «sacrifice douloureux pour les Ukrainiens»

Les réticences émises par Kiev n'ont rien d'un caprice. Comme l'explique Vox, les concessions décrites dans la dernière proposition russe risqueraient d'avoir des conséquences bien plus profondes pour la sécurité de l'Ukraine et du monde que l'administration américaine ne semble le penser. Elles pourraient en effet fragiliser et diviser l'Ukraine, tout en créant un précédent légitimant l'occupation militaire de territoires par la force.

Sur ce point, les choses sont claires: l'Ukraine ne se séparera pas du Donbass sans combattre. Pendant une grande partie de la guerre, la position officielle ukrainienne était que ses forces continueraient à se battre jusqu'à la libération de chaque kilomètre carré de territoire ukrainien, y compris les zones occupées par la Russie depuis 2014, donc la Crimée. «Tout changement dans cette position constituerait un sacrifice douloureux pour les Ukrainiens», déclare Olena Halushka, militante basée à Kiev et cofondatrice du Centre international pour la victoire ukrainienne.

Il existe un vrai fossé entre l'opinion de la population ukrainienne (majoritairement en faveur d'une fin de la guerre qui passe par une renonciation à une partie des territoires au centre du conflit) et les enjeux politiques et militaires dont le pays de Volodymyr Zelensky doit bien évidemment tenir compte. La fraction du Donbass contrôlée par l'Ukraine constitue en effet un corridor stratégique important, connu sous le nom de «ceinture de forteresses», une ligne d'environ 50 kilomètres composée de quatre villes et de plusieurs villages que l'Ukraine a passé plus d'une décennie à transformer en positions défensives fortement fortifiées.

Autant dire que les «échanges de territoires» que Donald Trump appelle de ses vœux sont légèrement plus complexes que de simples transactions immobilières. Il faudra encore bien des négociations pour que soit trouvé un accord suffisamment satisfaisant et sécurisant pour l'Ukraine, son administration et sa population.