Léon XIV en Turquie et au Liban : les leçons du premier voyage du pape

Au Liban, le pape a attendu les tout derniers instants, mardi 2 décembre, avant de décoller pour Rome, pour appeler à ce que cessent les attaques au Sud Liban, et à imaginer « de nouvelles approches » au Moyen-Orient. Plus tôt, au long de ce premier déplacement international, il a confirmé un style sobre, de retrait et d’attention au contexte local.

Léon XIV en Turquie et au Liban : les leçons du premier voyage du pape

Le pape est un pape diplomate, avec un style très réservé, mais en même temps ferme sur ses convictions et ferme dans le rappel du droit international notamment, donc très différent de son prédécesseur dans le style en tout état de cause”, estime François Mabille, chercheur CNRS, directeur de l'Observatoire Géopolitique du Religieux au sein de l'IRIS, l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques, au terme de la visite du pape Léon XIV au Liban et en Turquie, son premier déplacement à l’étranger depuis son élection il y a sept mois. “François était un pape communicant, un pape protestataire et qui se prononçait souvent comme s'il était à la tête d'une grande ONG, même s'il refusait cette assimilation. On passe à un pape qui s'exprime davantage en diplomate qu'en militant.”

“Il faut distinguer sans doute deux types d'impacts, celui dans l'opinion publique et celui dans les relations avec les États. Tout le monde se souvient des formules ciselées du pape François, or il n'est pas sûr qu'on retiendra une formule, une expression dans le premier déplacement du pape Léon. En revanche, l'impact de la diplomatie de François au niveau des États a été assez faible, y compris sur des sujets comme celui des migrations, qui était l'un de ses thèmes favoris”, poursuit le chercheur. “Il se peut effectivement qu'en reprenant une approche plus classique, plus traditionnelle, ce pape parvienne à renouer des relations avec les États, à de nouveau se situer dans une diplomatie de service et que cela puisse avoir des effets sur le long terme.”

À une "saine distance" de Donald Trump

Selon François Mabille, “le Vatican est un État désarmé sur la scène internationale, il est en situation d'asymétrie par rapport aux autres États, pas d'entreprise, pas de finances, pas d'armée, donc il a du poids dans des États lorsque les catholiques sont nombreux, par exemple en République démocratique du Congo ou dans certains États latino-américains (...) Et donc, lorsqu'il n'y a pas cette capacité-là, le Vatican peut essayer de faire avancer des dossiers si d'autres États soutiennent sa diplomatie”.

Le pape Léon, d’origine américaine, qui se tient d’ailleurs à “une saine distance” de Donald Trump, souligne le spécialiste. “Il s'est conduit en juriste en rappelant, sur les migrants, que les États avaient le droit de surveiller, de contrôler leurs frontières, et en même temps, le droit des migrants à être traité dignement. Donc il se situe à une certaine distance avec à l'évidence la crainte que les catholiques soient trop divisés.”