Le gouvernement veut faire payer les détenus : mais au fait, combien coûtent-ils à la France chaque jour ?

Gérald Darmanin assure que les prisons et leurs 82 000 détenus coûtent, en moyenne, 4 milliards d'euros par an à la France.

Le gouvernement veut faire payer les détenus : mais au fait, combien coûtent-ils à la France chaque jour ?

Gérald Darmanin parle de « laxisme » dans les prisons françaises. Invité du JT de 20 h de TF1 ce lundi 28 avril 2025, l’actuel ministre de la Justice entend « modifier la loi » concernant les centres de détention. L’objectif : faire payer leur incarcération aux détenus. 

 

« Les détenus doivent contribuer aux frais d’incarcération », martèle l’ancien ministre de l’Intérieur, qui parle d’un « montant symbolique », sans en dire plus.

105 euros par jour en moyenne

Comme argument, il assure que les prisons et leurs 82 000 détenus coûtent, en moyenne, 4 milliards d’euros par an à la France. Un chiffre qui émane directement du rapport 2022 de la Cour des comptes sur l’état des prisons tricolores. 

Selon l’observatoire international des prisons (OIP), le coût moyen d’une année de prison pour un seul détenu est de 32 000 euros. Un peu moins de 30 fois plus qu’une mesure en milieu ouvert, comme avec un bracelet par exemple. 

Dans le détail, toujours selon l’OIP, un détenu en incarcération classique coûte quelque 105 euros par jour. Lorsqu’il bénéficie d’un régime de semi-liberté, la douloureuse passe à 50 euros par jour, 33 quand le placement est extérieur, et 10 euros quotidiens quand le détenu est sous bracelet électronique. 

« Ces prisons où les rats et les cafards pullulent dans une crasse innommable »

L’observatoire international des prisons a vivement réagi, ce mardi 29 avril 2025, à la proposition de Gérald Darmanin. Le collectif dénonce une idée « aussi simple que brutale et consternante », arguant que les détenus sont déjà « marqués du sceau de la précarité ». 

Faut-il rappeler que plus de la moitié des personnes détenues sont sans emploi avant leur entrée en prison, près d’un tiers d’entre elles sont confrontées à une situation d’hébergement précaire et 8% se déclarent sans domicile. C’est d’ailleurs souvent cette précarité qui les a précipités en prison ; une personne sans domicile fixe ayant huit fois plus de risque d’être condamnée à de la prison ferme que tout un chacun.

L'observatoire international des prisonsOIP

L’OIP insiste aussi sur le fait que les prisonniers ont déjà des frais en prison, environ 200 euros par mois selon une estimation datée de 20 ans, donc très certainement bien au-dessus aujourd’hui, avec le coût de la vie qui augmente. 

Un montant justifié par des achats alimentaires pour compléter les deux repas plus la collation quotidiens, la location d’une télévision (14,15 euros par mois selon le collectif), ou encore la location d’un réfrigérateur à 7,5 euros par mois. 

Par ailleurs, le collectif charge frontalement l’executif sur l’état des prisons en tant que telles. Il réfute totalement l’idée du « nourri logé blanchi », et préfère parler de « ces prisons où sont entassées trois à quatre personnes dans 9 mètres carré 22h/24, l’une d’elles étant condamnée à dormir sur un matelas posé au sol. (…) Ces prisons où les rats et les cafards pullulent dans une crasse innommable qui vaut à l’Etat d’être si régulièrement condamné par des tribunaux nationaux et internationaux ».

Reste donc à savoir, désormais, si une telle proposition de loi était étudiée à l’Assemblée nationale, quels en seraient les contours. Et quelle serait la réponse de la gauche.