Ils marchent à Tel Aviv, à Jérusalem, à Haïfa, mais aussi dans toutes les villes d’Israël. Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues du pays ce samedi soir, pour réclamer, encore et toujours, la libération des otages toujours retenus à Gaza, mais aussi pour s’opposer au Premier ministre Benyamin Nétanyahou et à sa politique de terre brûlée, faisant fi, jour après jour, du respect de l’Etat de droit et des piliers de la démocratie israélienne. Et alors qu’il poursuit les frappes sur Gaza depuis la rupture du cessez-le-feu cette semaine et, depuis ce samedi, à nouveau sur le Liban. Selon les médias libanais, les frappes, en représailles après des tirs de roquettes depuis le Liban, selon Israël, ont tué cinq personnes et en ont blessé onze.
Ces manifestations, qui rassemblent toutes les couches de la population, dont des parents et leurs enfants élèves en écoles élémentaires, viennent conclure une semaine de protestations intenses contre le gouvernement et sa décision, notamment, de limoger Ronen Bar, le chef de la Sécurité intérieure (Shin Bet), décision suspendue par la Cour Suprême, mais que Benyamin Nétanyahou a menacé de ne pas respecter. Comme il a menacé d’orchestrer le renvoi de la Procureure générale Gali Baharav-Miara, garante du respect de la démocratie. Par ailleurs, la rupture de la trêve et la reprise des frappes contre Gaza ont renforcé les craintes sur la sécurité des otages entre retenus dans l’enclave. Il reste une soixantaine d’otages, dont au moins 34 seraient morts, selon l’armée israélienne.
Dans le cortège, des manifestants brandissaient des pancartes où était inscrit «Plus de sang versé», «Combien de sang doit encore être versé» ou «Stoppez la guerre, Maintenant !», au milieu d’une nuée de drapeaux israéliens.
Lors d’un rassemblement à Jérusalem, Danny Elgarat, frère de lItzhak Elgarat, otage tué à Gaza et dont le corps a été rendu à sa famille le mois dernier, a estimé que le Premier ministre souhaitait que les otages rentrent en Israël «morts et silencieux, incapables de raconter leur histoire». Nétanyahou «a confié la sécurité de l’Etat et les vies des soldats et otages à des fascistes, des racistes et des politiciens messianiques», a-t-il ajouté.
Dès la tombée de la nuit, des milliers de manifestants se sont rassemblés sur la place Habima à Tel Aviv, ils devaient ensuite rejoindre les familles des otages installées, comme toutes les semaines, devant le ministère de la Défense. Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, s’est exprimé devant la foule en appelant à une grève générale si d’aventure le Premier ministre persistait à ne pas respecter la décision de la Cour Suprême gelant le renvoi du chef du Shin Bet. «Si le gouvernement du 7-Octobre décide de ne pas obéir à la décision de la Cour, il deviendra ce jour-là un gouvernement hors-la-loi», a déclaré Yaïr Lapid. «Si cela arrive, le pays entier doit s’arrêter […] L’économie doit se mettre en grève, le Parlement doit se mettre en grève, les tribunaux doivent se mettre en grève, les autorités doivent se mettre en grève, et pas seulement les universités, mais aussi les écoles», a-t-il ajouté. «Rien n’est plus important que les otages, rien n’est comparable», a dit le chef de l’opposition. «Mais nous sommes aussi rassemblés pour dire à Gali Baharav-Miara, et à Ronen Bar, et (au président de la Cour suprême) à Isaac Amit : vous n’êtes pas seuls».