EN BREF
• Les alliés européens de Kiev se sont réunis à Paris pour discuter de leur soutien financier et militaire à l’Ukraine.
• À l’issue de la réunion, Emmanuel Macron a souligné l’importance des « forces de réassurance » européennes pour dissuader la Russie.
• Pour le chercheur Elie Tenembaum, ces réunions sont essentielles pour anticiper le jour où le cessez-le-feu sera signé.
INTERNATIONAL - Paris, Londres et encore Paris. Ce jeudi 27 mars s’est tenue autour d’Emmanuel Macron la troisième réunion des alliés européens de Kiev. Alors que depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a mis les Européens sur le banc de touche dans les négociations sur la fin du conflit avec la Russie, ces derniers ne l’entendent pas de cette oreille. « En parallèle des négociations (russo-américaines) on prépare tout le reste. C’est un travail complémentaire », a déclaré Emmanuel Macron à l’issue de la réunion.
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Tout le reste, c’est-à-dire la poursuite du soutien financier mais aussi militaire, avec l’épineuse question des « forces de réassurance »européennes déployées en Ukraine une fois un éventuel cessez-le-feu obtenu. Ces forces « signeraient un soutien dans la durée et auraient un caractère de dissuasion à l’égard d’une potentielle agression russe » a expliqué Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse. « Plusieurs pays » pourraient en déployer mais à ce stade, « faute d’unanimité », il s’agirait de forces de seulement « quelques États membres » de la coalition.
Tout ça pour ça ? En réalité, si les avancées concrètes et les précisions semblent limitées, ces réunions ont malgré tout un certain intérêt de fond comme de forme, explique au HuffPost Elie Tenenbaum, directeur du Centre des études de sécurité de l’Ifri.
Le HuffPost. C’est donc le troisième sommet du genre, après une première à Paris (le 16 février) et une deuxième à Londres (le 2 mars). À quoi servent ces rendez-vous ?
Elie Tenenbaum. En fait il y a deux niveaux de discussion qui alternent : un politique et un militaire. Les deux premières réunions, à Paris et Londres, étaient au niveau politique. Pour Emmanuel Macron et Keir Starmer, il s’agissait entre autres d’acter avec leurs homologues le lancement d’une réflexion par et pour le niveau militaire. Par la suite, cela a donné lieu à la réunion des chefs d’États-majors (le 11 mars à Paris, NDLR), avec des échanges plus techniques sur des hypothèses de travail. Ces hypothèses repassent ensuite aux autorités politiques qui donnent ou non leur feu vert pour avancer un cran plus loin.
Au fil des réunions donc, les deux niveaux, politique et militaire, progressent. On clarifie de plus en plus le type d’options sur la table. Est-on au niveau du détail des contributions, avec des volumes de forces (nombre de soldats, d’avions, moyens spécifiques), à partir de quand, sous quelles conditions exactes… ? C’est difficile à dire. Peut-être que ces discussions commencent entre certains mais rien ne semble fixé à ce stade. L’heure ne semble toutefois pas encore à la vraie planification « chaude », c’est-à-dire avec un déploiement imminent, mais davantage de planification « froide » et d’anticipation. À l’issue, cela permet d’aller plus vite si les conditions politiques venaient à être réunies, notamment celles liées au cessez-le-feu.
Zelensky avait indiqué que la réunion permettrait d’établir une « liste » de pays prêts à envoyer des troupes en cas de cessez-le-feu. En conférence de presse, Emmanuel Macron a évoqué « plusieurs pays » qui se déploieront, sans plus de détails. Ce n’est pas vraiment une liste…
Les choses se décantent, dans le sens où maintenant, au sein des 31 pays réunis, se dégage une sorte de peloton de tête de pays qui se disent « prêts à participer. » Un autre groupe se positionne davantage comme « observateur » car ils veulent continuer à suivre les échanges mais sans pour autant être prêts à contribuer. Sachant que parmi ceux-ci, certains pourraient basculer et devenir acteurs, si les choses vont dans un sens positif. Les deux catégories peuvent être très clairement établies dès aujourd’hui… Mais cela ne veut pas dire que la liste sera officialisée publiquement.
Au-delà d’une organisation concrète sur l’aide européenne à l’Ukraine, y a-t-il aussi un enjeu diplomatique derrière ces sommets ?
Il s’agit aussi de peser indirectement sur la dynamique bilatérale russo-américaine, et évidemment de donner des cartes en main à Zelensky pour qu’il se sente plus fort face aux Américains et aux Russes, si ce qui lui était proposé était contraire aux intérêts ukrainiens. Ces réunions lui permettent de faire valoir qu’il a aussi le soutien de 31 pays, soit une large partie des Européens.
À quel moment peut-on s’attendre à avoir une annonce concrète, au-delà des milliards d’aide débloqués ?
Sur la force européenne, cela peut aller très vite comme s’éterniser, tout va dépendre du contexte politique et stratégique en Ukraine. Je comprends que le cessez-le-feu - à durée indéterminée - est considéré à ce stade comme un prérequis à tout déploiement, au moins pour les forces au sol.
De ce point de vue, la Russie qui ne veut pas de déploiement peut y trouver justement une raison de ne pas s’engager sur un cessez-le-feu. C’est un serpent qui se mord la queue. C’est aussi la raison pour laquelle Emmanuel Macron a insisté sur le fait que Moscou n’avait pas nécessairement son mot à dire sur le choix souverain de l’Ukraine d’accueillir sur son sol des forces amies invitées à des fins de formation ou de garantie qui n’ont pas vocation de menacer la Russie mais de la dissuader de relancer et/ou de pousser plus avant ses attaques.