Gabon : la justice française enquête sur des accusations de tortures visant Sylvia et Noureddin Bongo

Ouverte en début d’année, cette enquête, confiée à un magistrat français du pôle crimes contre l’humanité de Paris, est loin de perturber le pouvoir à Libreville.

Gabon : la justice française enquête sur des accusations de tortures visant Sylvia et Noureddin Bongo

Début janvier 2025, un magistrat du pôle crimes contre l'humanité de Parisa été désigné pour enquêter sur les tortures potentielles infligées aux proches de l'ancien président du Gabon Ali Bongo. Malgré les démarches entreprises à Paris par leurs avocats ou par la famille depuis Londres, à Libreville, le général Oligui, chef de la transition depuis le coup d'État d'août 2023, ne semble pas pâtir de cette situation délicate.

Recluse à Londres depuis le coup d'État du 30 août 2023, la belle-fille du président déchu Ali Bongo, Léa Bongo, née Valentin, mène un combat sans relâche : celui de libérer son époux Noureddin, 32 ans, et sa belle-mère, Sylvia, 61 ans, enfermés arbitrairement depuis près d'un an et demi. Officiellement détenus à la prison centrale de Libreville, ils ont été inculpés pour corruption, détournements de fonds publics, blanchiment de capitaux, recel, faux et usage de faux. Sur X (ex-Twitter), Léa Bongo publie et partage des posts inlassablement pour alerter sur les tortures potentiellement infligées à ses proches, usant du hashtag #FreeNoureddinAndSylvia.

Une enquête ouverte à Paris, mais des accusations contestées à Libreville

Son combat a traversé la Manche et les frontières de l'information en ligne. Jeudi 9 janvier 2025, le parquet de Paris a désigné un magistrat du pôle crimes contre l'humanité pour enquêter sur les séquestrations et tortures faites à l'ex-première dame et à son fils. Cette désignation fait suite à la plainte déposée en mai 2024 par François Zimeray, Catalina de la Sota et Gisèle Eyue Bekale, chargés de la défense des Bongo. « C'est une avancée procédurale majeure qui va conduire à des convocations, éventuellement des mandats d'arrêt », indiquent les avocats. Ils espèrent que cette enquête mènera à « l'arrestation et la condamnation des responsables ». L'équipe a d'ores et déjà des soupçons qu'elle aimerait que le magistrat mandaté éclaircisse.

Une opinion publique divisée et un pouvoir militaire inébranlable

À 66 ans, Ali Bongo aurait entamé au début du mois une deuxième grève de la faim pour protester contre le sort réservé à son épouse et son fils, selon les déclarations de son avocate, maître Gisèle Eyue Bekale. Toutefois, cette information n'a pas été confirmée de manière indépendante. Depuis sa résidence située dans le quartier huppé de La Sablière, l'ancien président est officiellement libre. Affaibli depuis son accident vasculaire cérébral de 2018, il pourrait se faire soigner à l'étranger, mais il refuse de quitter le pays sans sa famille, craignant de ne pas pouvoir y revenir.

Face à toutes ces allégations, à Libreville, la présidence nie toutes les formes de torture. Lors d'une déclaration retranscrite sur la chaîne publique Gabon 1re, le 20 décembre 2024, le procureur de la République gabonais a affirmé que les avocats n'avaient, contrairement à leurs dires, constaté aucune trace de maltraitance. Les différentes sources contactées et les proches du dossier se contredisent également, difficile de démêler le vrai du faux dans cette guerre d'information.

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Néanmoins, même cette enquête lancée à Paris ne semble pas ébranler le pouvoir militaire, qui n'a encore jamais communiqué explicitement à propos de ce sujet. « La popularité du général Oligui, chef de la transition, n'est pas impactée par ces accusations », d'après les observations du rédacteur en chef d'un média local influent. « Ici, la question est suivie de loin. » Les Gabonais sont partagés concernant la détention de Noureddin et Sylvia Bongo. « C'est fifty-fifty », constate le journaliste gabonais en se basant sur les commentaires écrits sous les publications Facebook des articles de son site. « Certains s'en préoccupent et trouvent cela alarmant ; d'autres estiment que les traitements sont mérités. » Dans les deux cas, cela ne semble pas impacter leur opinion concernant le général. « Si sa cote de popularité baisse à Libreville, ce n'est pas à cause de cela, mais plutôt des promesses non tenues, des coupures de courant, des grèves… »

À l'approche de l'élection présidentielle, fixée le 12 avril prochain, la question du dossier de l'incarcération des Bongo se pose : sera-t-elle tranchée d'ici à la fin de la transition ou les militaires se laissent-ils la possibilité de poursuivre la gestion du sujet après l'élection ? Mi-février, aucune date de procès n'avait encore été communiquée. Contactée, la présidence n'a pas encore répondu à nos questions.