Côte d'Ivoire: la France rétrocède le camp militaire de Port-Bouët à l'armée ivoirienne

À l'occasion d'une cérémonie très symbolique, les autorités françaises ont officiellement rétrocédé le camp militaire de Port-Bouët aux autorités ivoiriennes ce jeudi 20 février. Le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu et son homologue ivoirien de la Défense, Téné Birahima Ouattara, étaient présents à cette cérémonie. La base accueillait jusqu'à présent le 43e Bataillon français d’infanterie de marine (BIMA).

Côte d'Ivoire: la France rétrocède le camp militaire de Port-Bouët à l'armée ivoirienne

Depuis plusieurs semaines déjà, les soldats du 43e BIMA se préparent à rétrocéder le camp militaire de Port-Bouët à l'armée ivoirienne.

Dans la capitale économique ivoirienne, le drapeau tricolore ne flottera plus sur le camp de Port-Bouët qui portera désormais le nom de Général Thomas-d'Aquin-Ouattara, en hommage au premier chef d'état-major de l'armée ivoirienne. Après le Gabon l'été dernier, le Tchad au mois de janvier, et avant le Sénégal où la France compte encore 300 soldats, Paris a officiellement rétrocédé sa base militaire d'Abidjan aux forces armées de Côte d'Ivoire, ce jeudi 20 février.

Une cérémonie symbolique et même « historique », selon les mots des officiels. Côté français, le ministre des Armées Sébastien Lecornu, le Général Pascal Ianni, qui dirige le commandement sur l’Afrique et l’Ambassadeur de France étaient présents. Côté ivoirien, le vice-président, le Premier ministre, le ministre de la Défense et le chef d’état-major de l’armée ont dévoilé l’arche, à l’entrée du Camp Général de Corps d’Armée, Thomas Ouattara D’Aquin, précise la correspondante de RFI à Abidjan, Bineta Diagne.  

Une cérémonie « historique »

La première sentinelle ivoirienne a ensuite pris la relève de la garde française, à l’entrée du camp. Les militaires français ont remis à la sentinelle ivoirienne les cartes d’accès au poste de commandement. Puis, le drapeau ivoirien a été hissé, sous les yeux d’un public trié sur le volet, avant de jouer les deux hymnes nationaux.

 

 

 « La France transforme sa présence : la France ne disparait pas » a déclaré Sébastien Lecornu. En effet, 80 militaires vont rester, en appui pour des formations et selon les besoins exprimés par l’armée ivoirienne.

Le ministre ivoirien de la Défense, Téné Birahima Ouattara, parle de « relation décomplexée » avec la France. Le ministre d’État évoque aussi « l’espoir d’une coopération dynamique » avec Paris. Concernant enfin le camp militaire, il ajoute que « les forces armées ivoiriennes s’engagent à en faire un centre discipline et d’excellence. »

Dans les faits toutefois, le transfert des lieux à l'armée ivoirienne – un processus initié en avril 2023 - a commencé il y a quelques semaines déjà, dans le but de lui permettre d'adapter le camp de 230 hectares à ses besoins. 

Depuis le 20 janvier, un bataillon de 90 parachutistes ivoiriens y a ainsi pris ses quartiers, appréciant notamment l’espace et l’accès aux infrastructures offert par le site. « Nous avons accès à des infrastructures qui se trouvent en un seul et même lieu, ce qui nous permet de nous entraîner plus facilement pour être prêt opérationnellement », explique le capitaine Fabrice Yoboué Kouamé, le chef du détachement de parachutistes, à RFI.

Les militaires français espèrent achever leur départ d'ici à l'été prochain.

Nouvelle étape de la reconfiguration du dispositif militaire français en Afrique

Ensuite, seule une centaine d'entre eux resteront au camp pour assurer des formations. En janvier, une académie militaire des systèmes d’information et de communication – qui accueille actuellement une douzaine de futurs commandants d'unité – y a en effet vu le jour, pour la plus grande joie de son directeur, le lieutenant colonel Jean-Clément Gbalou : « Alors que par le passé, la plupart de nos officiers devaient aller se former à l'étranger, comme en France, grâce à l'académie, nous allons avoir d'ici un an ou deux de nombreux officiers que nous pourrons directement déployer sur les théâtres d'opérations », se félicite ce dernier. 

Dans le cadre de la nouvelle coopération militaire franco-ivoirienne, l’accent sera mis sur la formation, mais aussi sur les exercices en commun, poursuit, le colonel Ivert, qui commande le détachement français inter-armée de Côte d’Ivoire : « Le cœur de notre coopération, ce sera des entraînements en commun dans lesquels tout le monde apporte à tout le monde. Ce sont des opportunités que l'on ne trouve pas ailleurs ». « La Côte d’Ivoire gagne à conserver une expertise française », renchérit pour sa part un autre officier ivoirien.

Si elle se déroule sans accroc, cette rétrocession du camp de Port-Bouët à l'armée ivoirienne n'en constitue pas moins une nouvelle étape de la reconfiguration du dispositif militaire français en Afrique face au vent de souverainisme qui souffle sur le continent et contraint la France à y renouveler ses relations pour tenir compte de l'évolution du contexte stratégique.

Alors que la fin de l'opération Barkhane au Sahel a sonné le glas d'une présence militaire française permanente dans la région, cette restructuration se traduit notamment par la disparition des bases militaires historiques tricolores – ce qui, pour l'armée, présente cependant l'avantage de ne plus être impliquée de manière automatique en cas de crise dans un pays où elle était présente.